Dans les coulisses de la conception de Groupe Dubreuil – Air Caraïbes avec Martin Derville, responsable du bureau d’études

09Oct.2026

Ingénieur de formation, Martin Derville a rejoint le Groupe Dubreuil Sailing Team en avril 2025 pour participer à la conception du nouvel IMOCA de Sébastien Simon. De l’ergonomie du cockpit à l’intégration des équipements, il a contribué à façonner un bateau pensé dans les moindres détails pour son skipper. Un travail qui se poursuit désormais sur l’eau, avec un objectif : développer et optimiser les performances du monocoque en vue du Vendée Globe 2028.

De l'architecture navale au Groupe Dubreuil Sailing Team

Après cinq années chez Mer Forte, le bureau d’études de Michel Desjoyeaux, puis sept ans au sein du cabinet d’architecture navale de Juan Kouyoumdjian, Martin a choisi de rejoindre une équipe de course au large. L’occasion de retrouver Sébastien, rencontré plusieurs années auparavant lorsqu’il était chef de projet de son premier IMOCA, Arkéa-Paprec.

« Le travail d’architecte est passionnant, mais il y a toujours une petite frustration : on dessine les bateaux et une fois mis à l’eau, on les voit disparaître. J’avais envie de passer du côté des équipes et de participer à toute la vie du bateau », explique le nouveau responsable du bureau d’études.

Au sein du Groupe Dubreuil Sailing Team, il fait le lien entre le cabinet Guillaume Verdier, avec lequel il travaille en étroite collaboration, notamment avec Hervé Penfornis, et l’équipe technique. Son rôle : suivre les études, accompagner les choix de conception et veiller à ce que chaque solution réponde aux besoins de Sébastien, tant sur le papier que dans la réalité de la navigation.

Portrait Martin Derville

Un bateau sur mesure pour Sébastien Simon

Si Groupe Dubreuil – Air Caraïbes reprend une partie des plans de DMG Mori, de nombreux éléments ont été repensés pour répondre aux exigences de la navigation en solitaire. Martin intervient notamment sur le plan de pont, l’agencement des systèmes, la répartition des masses et surtout l’ergonomie du cockpit.

Parmi les innovations les plus marquantes figurent les deux sièges inclinables, directement inspirés de ceux de la classe Madras d’Air Caraïbes. Une idée rapportée par Sébastien après un voyage aux Antilles avec Paul-Henri Dubreuil. « Au départ, nous avions même envisagé de commander directement un siège d’avion ! Mais nous nous sommes vite rendu compte que ce n’était pas viable en matière de poids. Nous avons donc développé une version beaucoup plus légère et adaptée à un bateau de course. Le défi était de réussir à intégrer ces sièges relativement volumineux dans un cockpit assez restreint. » Martin a également assuré l’intégration du joystick développé par Madintec, autre innovation inspirée de l’aéronautique.

Une attention particulière a par ailleurs été portée à l’accessibilité des systèmes et à leur entretien, en tirant les enseignements du précédent IMOCA Groupe Dubreuil avec lequel Sébastien a terminé 3ème du Vendée Globe. « Sébastien est très impliqué, il sait exactement ce qui fonctionnait bien sur son ancien bateau et ce qu’il souhaite améliorer. Nous avons travaillé sur de nombreux détails pour simplifier le quotidien de l’équipe technique. L’objectif est de passer moins de temps sur la maintenance, donc plus de temps sur l’eau pour naviguer et s’entraîner. »

Une construction menée dans un climat de confiance

La reprise des plans de DMG Mori a permis de gagner un temps précieux, tout en laissant la possibilité d’apporter plusieurs évolutions. Les foils ont notamment bénéficié d’une phase d’optimisation supplémentaire, tandis que les ballasts, les safrans, le pont, la position des étais et d’autres équipements ont été modifiés.

« Même si nous avons changé beaucoup de choses, nous ne sommes pas partis d’une page blanche. Lorsque le chantier a commencé à draper la coque (disposer les plis de carbone dans le moule), près de 80 % des plans étaient déjà réalisés. C’est assez rare sur ce type de projet, où la conception se poursuit généralement en parallèle de la construction. Il y a souvent une course contre la montre entre le chantier, qui doit avancer, et les architectes, qui cherchent à optimiser chaque élément jusqu’au dernier moment. Cela a aussi été notre cas, mais dans une moindre mesure par rapport à d’autres projets. »

Martin souligne également la qualité du travail accompli chez Carrington Boats, à Southampton, ainsi que la collaboration étroite entre le chantier, les architectes et l’équipe technique. « Carrington est un chantier de référence. La qualité de construction est remarquable, c’est un véritable travail d’orfèvrerie. Tout est extrêmement soigné, très propre, très beau. Les relations avec le chantier ont également été très constructives. Malgré la charge de travail et la pression, nous avons vécu une construction globalement sereine. C’est très rassurant pour la suite de savoir que le bateau a été aussi bien construit. »

Après la conception, place au développement

Les études et la construction achevées, Martin se consacre désormais au suivi technique de Groupe Dubreuil – Air Caraïbes. Aux côtés de l’équipe, il cherche à tirer les enseignements des premières navigations pour fiabiliser le monocoque et exploiter tout son potentiel. « La course au large reste un sport mécanique, il y a forcément des choses à ajuster, explique-t-il. On étudie les données, on participe aux entraînements et on identifie les forces et les faiblesses du bateau pour travailler sur les points à améliorer. »

Plusieurs pistes sont déjà à l’étude avec Sébastien, certaines ayant volontairement été mises de côté pour se concentrer sur la mise à l’eau. Elles pourraient se concrétiser après la Route du Rhum, dans la perspective des prochaines grandes échéances sportives. « Nous avons déjà une liste d’idées avec Sébastien. Il y a toujours de nouvelles choses à développer. L’objectif est de faire en sorte que le bateau soit de plus en plus performant. »